L'AFFAIRE EDDINGTON

Francis Michel Sanchez, JANVIER 2000

corrige le 18 juin 2001

Francis.Sanchez@enseignement.u-psud.fr



Quelques "témoignages" célèbreS

LE MESSIE SAUVEUR DE LA PHYSIQUE

sur la "non-séparabilité"

 

Quelques "témoignages" célèbreS

 

En 1944, Max Born, dans ses lectures sur la Physique expérimentale et théorique, se moque ouvertement d'Eddington, qui introduisit des dimensions supplémentaires dans ses E-espaces, sous le prétexte que les nombres qui apparaissent sont 10; 136; 666 (la formule générique étant f(n) = n2(n2+1)/2, pour n= 2; 4; 6). Il écrit en effet "Ce sont vraiment des nombres de l'Apocalypse. Il a été proposé de réécrire certains passages de la Révélation de Saint Jean de la façon suivante: Et je vis une Bête, issue des profondeurs de la mer, avec f(2) cornes... et son nombre est f(6)".

En l'occurrence on voit ici que ce n'est nullement Eddington qui fait de la "numérologie biblique" mais Born. Rectification essentielle.

Et si une réelle connexion pouvait être établie entre cette série d'Eddington et les paramètres libres de la physique, cela pourrait inciter à penser que les sages d'autrefois en savait plus long sur les nombres que nous ne pouvons l'imaginer ?

Born élimine cette possibilité, car il n' a pas d'explication théorique du rôle joué par la valeur 136+1. Il refuse d'admettre que le bon sens populaire puisse être supérieur aux théories scientifiques.

C'est le même Born qui s'est fait le champion du hasard et de la complétude en Microphysique. Dans un Traité qui se voulait "fondateur", il se moque par avance de ceux qui voudraient contester cette "complétude", en s'appuyant sur un théorème de Von Neumann. Ceci bloqua la recherche pendant 25 ans, jusqu'à ce qu'il soit traduit, et il se révéla , bien sûr, faux (Bohm, puis Bell)…

Lucien Gérardin, dans "le mystère des nombres" dénonce : "cette audacieuse tentative (la théorie d'Eddington) mit en fureur ceux pour qui l'Univers ne peut être que le fruit du hasard. Les physiciens G. Beck, H. Bethe et W. Riezler publièrent en 1931, dans une revue fort sérieuse, un calcul canulardesque qui, basé sur les explications à priori d'Eddington, visait à le ridiculiser. Le plus extraordinaire reste que la revue publia l'article sans s'apercevoir de rien. Vue d'aujourd'hui, cette perfidie ne ridiculise que ses auteurs".

Feynman, dans "la nature de la Physique", reproche à la théorie d'Eddington de s'être adaptée successivement aux valeurs 136, puis 137, pour tenir compte de l'amélioration des mesures. Et de conclure à l'inanité de l'essai de l'Anglais, quand on découvre que la valeur expérimentale n'est pas strictement l'entier 137 (on sait maintenant que c'est proche de 137.03599).

Quelques pages plus loin, on demande à Feynman comment il voit l'avenir en Physique. Il répond: "il faudrait quantifier l'espace-temps, mais personne ne sait comment faire". (voir le "cas Constable", cet amateur qui a relié très simplement quantification des vitesses, le coefficient a = 137.03599 et le rayon de Hubble, voir aussi "le Troisième Pilier" qui relie la quantification de l'Espace-Masse à une nouvelle invariance topologique, du type holographique). Feynman ne voit pas la contradiction flagrante avec sa critique des tentatives d'Eddington qui veut faire de l'Arithmétique la clef de la Physique. S'imagine-t-il que l'on quantifiera l'espace-temps à partir du continuum des nombres dits "réels" (sic), dont l'axiomatique laisse à désirer, comme le soulignait Poincaré ?

…Wyler, identifia certaines expressions géométriques dans un espace à 5 dimensions et publia une formule au millionième : 137.03608. Citons encore Gérardin : "Une fois de plus la réaction a été violente. Si l'on pouvait exprimer ce nombre en fonction des quatres premiers nombres (2,3,4 et 5) et de  , ne valait-il pas falloir bientôt croire au démiurge de Platon et au Dieu de Kepler !

Critiquant honnêtement ces calculs qu'il avait lus et compris, comme le prouve l'excellent résumé qu'il en donne, le physicien B. Robertson fit observer que le nombre obtenu par le Suisse n'aurait pas été un nombre pur : il aurait dépendu d'un certain rayon d'hypershère. Wyler reprit donc ses raisonnements et montra que ce rayon n'intervenait nullement. Il ne restait que l'injure !

 Trempant sa plume dans du vinaigre, A.J. Vebel écrivit dans une revue de vulgarisation au demeurant fort honnête :

"Les tentatives de Wyler iront rejoindre celles d'Eddington dans les archives de la numérologie moderne. Il est intéressant de remarquer l'attrait que conserve une sorte de néo-pythagorisme implicite : ramener la vision actuelle si complexe du monde à quelques nombres "purs et simples", voilà un idéal inavoué mais bien ancré sans doute chez de nombreux physiciens… Ne pourrait-on y voir un comportement collectif analogue à certaines conduites régressives individuelles que la théorie psychanalytique met en évidence"

En clair, si vous cherchez à expliquer l'origine des "paramètres" purs de la Physique, il est grand temps de vous faire soigner…

Hubert Reeves, dans "La première Seconde", page 135, après avoir honnêtement rappelé la liaison des supercordes avec l'intuition pythagoricienne écrit:

"UN PONT QUI N'ARRIVE PAS A SE CONSTRUIRE: Quelle est la situation de la théorie des supercordes aujourd'hui? Après plus de deux décennies d'effort conjoints de centaines de mathématiciens et de physiciens, il faut reconnaître que la moisson n'est pas terrible... Non pas que la théorie ait été prise en défaut, elle trône toujours, distante et pure, sur un Olympe aérien. Mais l'arrivée sur la terre du Messie-sauveur-de-la-physique se fait attendre. Le passage obligé des axiomes abstraits aux réponses concrètes à des problèmes précis se révèle beaucoup plus difficile que prévu."

Puis Reeves de décrire l'affaire des dimensions supplémentaires, sans, bien sûr, citer Eddington...

Heureusement Chandraseckar sauve l'honneur, dans "Truth and Beauty in Science, Univ. Chicago Press, (1987). "Eddington was in fact "much ahead of his time", being the first physicist to introduce chirality dissymmetry, the so-called "Majorana algebra", and the 9 dimension space Clifford algebra." Autrement dit Eddington avait anticipé la Théorie des Supercordes… De plus il a prédit l'existence d'un muon lourd, 30 ans avant sa découverte, alors que, de nos jours la théorie Standard est incapable d'expliquer l'origine de la triple famille de particules…

 


 
LE MESSIE SAUVEUR DE LA PHYSIQUE

 

En attendant un dossier complet sur Eddington, qui promet d'être aussi explosif que celui d'Einstein, mais dans le sens d'une réhabilitation cette fois, voici un dialogue que n'eut pas désavoué Galilée:

Mordicus --: l'arrivée sur la terre du Messie-sauveur-de-la-physique se fait attendre

Simplicius -- et pour cause : les physiciens l'ont crucifié il y a soixante ans, c'était pourtant, avec Einstein le plus distingués d'entre eux : il s'appelait Eddington. Mais, au fait, pourquoi l'a-t-on rejetté?

Mordicus -- parce qu'il on le soupçonnait d'être pythagoricien

Simplicius -- qu'est-ce qu'un pythagoricien?

Mordicus -- quelqu'un qui croit que la physique est fondé sur l'arithmétique

Simplicius -- quelle est la base de la physique ?

Mordicus -- les mathématiques

Simplicius -- quelle est la base des mathématiques ?

Mordicus -- euh... l'arithmétique est effectivement un pilier des mathématiques:

Simplicius -- De plus en plus bizarre : pourquoi n'enseigne-t-on pas la théorie d'Eddington, pour voir si cela pourrait débloquer la situation de la physique théorique, qui patauge dans l'impasse depuis 20 ans?

Mordicus -- Eddington a rejetté le Big Bang et sa fournaise: "ça me laisse froid" disait-il

Simplicius -- Est-on sûr du Big Bang?

Mordicus -- presque sûr, Martin Rees, le Directeur de l'Institut d'Astrophysique de Cambridge estime sa probabilité à 98%

Simplicius -- Il y a donc un doute. Quelle est la principale preuve du Big Bang?

Mordicus -- le rayonnement cosmologique

Simplicius -- en quoi est-il décisif?

Mordicus -- c'est un rayonnement thermique à température très basse

Simplicius -- et alors?

Mordicus -- cela veut dire que la température était haute

Simplicius -- pourquoi?

Mordicus -- regarder loin c'est voir dans le passé

Simplicius -- pourquoi l'Univers n'a-t-il pas une température constante?

Mordicus -- il doit se refroidir à cause de l' expansion

Simplicius -- dans quoi l'univers s'épanche-t-il?

Mordicus -- en fait en lui-même : il vaut mieux dire qu'il y a création d'espace

Simplicius -- Cela ne viole-t-il pas le principe de Lavoisier : rien ne se crée, rien ne se perd tout se transforme?

Mordicus -- si, mais l'Univers c'est un cas spécial

Simplicius -- Vous voulez dire qu'on ne peut extrapoler les lois terrestres?

Mordicus – exactement : les lois de l'extrêmement petit ne sont pas les même que celles de l'extrêmement grand

Simplicius -- en résumé l'apparition d'espace supplémentaire cause le refroidissement ?

Mordicus -- la température d'un rayonnement est liée à l'énergie par unité de volume : augmenter le volume fait chuter la température.

Simplicius -- cela veut-il dire que l'énergie est principalement sous forme de rayonnement?

Mordicus -- pas maintenant, mais avant oui car la densité était plus haute et les atomes eux-même étaient désintégrés et constituait un plasma doté d'un fort rayonnement électromagnétique, justement celui qu'on observe maintenant, après son long refroidissement.`

Simplicius -- quelle était alors la proportion d'énergie entre matière et rayonnement?

Mordicus -- à peu près 50-50

Simplicius -- ainsi l'énergie rayonnante était considérable, mais cette augmentation de densité dans le passé signifie que la matière se conserve?

Mordicus -- exactement il y a création d'espace, mais pas de matière, ni d'énergie.

Simplicius -- Comment en est-on sûr?

Mordicus -- C'est une hypothèse

Simplicius -- En somme, en faisant l' hypothèse de la non-création de matière, on en déduit que la matière est apparue d'un seul coup, le Big Bang. Ne serait-il pas plus "économique" de supposer une "création" de matière constante?

Mordicus -- Heuh, Si, c'est le modèle "d'expansion stationnaire" (c'est-à-dire à densité constante) de Hoyle, Bondi et Gold

Simplicius -- alors pourquoi ce modèle a-t-il été rejeté?

Mordicus -- à cause du rayonnement cosmologique

Simplicius -- retour à la case départ donc: mais ce modèle stationnaire prévoit-il la valeur de la température de ce rayonnement ?

Mordicus -- certains, tel Narlikar retrouve une valeur proche de la valeur mesurée, 2,728 K, mais on peut toujours ajuster les calculs pour justifier un résultat

Simplicius -- n'est-ce pas ce qui a été fait par les tenants du Big Bang par ajustement des paramètres pour justifier ce modèle?

Mordicus -- euh... oui, il faut bien avouer qu'il y a en cosmologie standard trop de paramètres libres, mais qui semblent curieusement bien adaptés à l'élaboration d'une complexité, telle l'apparition de cellules biologiques

Simplicius -- alors pourquoi l'énorme majorité des cosmologistes a-t-elle choisie l'option Big Bang?

Mordicus -- c'est bien sûr à cause de cette hypothèse de la création continue : c'est contraire au principe de Lavoisier, et à l'interprétation de la Génèse biblique.

Simplicius -- pourtant ces arguments ne s'appliquent pas à l'espace?

Mordicus -- la matière et l'espace doivent effectivement être traités de façon distincte en cosmologie standard. La matière apparaît d'un seul coup, mais l'espace augmente d'abord brutalement avec le Big Bang et sa phase d'inflation galopante où il a crû d'un facteur énorme, puis continûment.

Simplicius -- et le temps?

Mordicus -- Il apparaît également au tout début. Parler d'un temps antérieur au Big Bang n'aurait alors aucun sens puisque le Big Bang crée le temps.

Simplicius -- Résumons: matière, espace et temps sont brutalement apparus, mais la matière (ou sa forme plus générale qu'est l'énergie) est restée constante tandis que l'espace et le temps croissait.

Mordicus -- exactement, mais la matière-énergie a subie des transformations successives qui l'ont amené, à partir d'une soupe informe de quarks et de gluons vers notre état actuel

Simplicius -- voulez-vous dire qu'il y a eu un progrès?

Mordicus -- oui, mais plutôt qu'un progrès, il vaudrait mieux dire une évolution. Les paramètres libres de la physique des particules semblent finement ajustés pour assurer à l'univers une longévité et une complexification maximale : c'est ce que l'on a appelé le "principe anthropique". Si tel n'avait pas été le cas nous ne serions pas là.

Simplicius -- mais si quelqu'un découvrait que ces paramètres libres sont en fait des constantes mathématiques, que deviendrait le principe anthropique?

Mordicus -- il faudrait sur le champ l'abandonner, comme Weinberg l'a signalé, mais personne n'a pu faire cette corrélation. Feynman a même affirmé que ces paramètres semblaient être répartis au hasard

Simplicius -- Mais Eddington avait trouvé des corrélations

Mordicus -- oui, mais personne ne les a prises au sérieux

Simplicius -- Tout de même l'enjeu est d'importance : une institution a-t-elle mis à son programme un réexamen de la tentative d'Eddington, à la lumière des données expérimentales de plus en plus précises qui se sont accumulée depuis 60 ans ? En particulier la température 2,73 K s'harmonise-t-elle avec les autres paramètres libres et les constantes mathématiques?

Mordicus -- Non car personne ne veut subir le sort d'Eddington: ses pairs l'ont traité ouvertement de fou

Simplicius -- On peut concevoir, qu'à l'époque, le premier qui ose prétendre réunifier la microphysique et la cosmologie puisse paraître suspect de mégalomanie, fut-il un Eddington, mais maintenant la situation a bien changé et on cherche justement à réaliser le programme unificateur d'Eddington.

Mordicus -- Oui, mais dans le cadre du Big Bang

Simplicius -- On peut donc dire que si quelqu'un arrivait à corréler la température cosmique avec les constantes universelles, ce serait la fin du Big Bang?

Mordicus -- Pas exactement, il y a les travaux de Dirac qui prédisent une variation de la constante G : il se pourrait que la corrélation en question relie cette variation à l'âge de l'Univers, à partir de l'instant zéro du Big Bang.

Simplicius -- les coïncidences repérées par Dirac ne sont-elles pas, les mêmes que celles d'Eddington?

Mordicus -- Si, bien sûr, le point de départ est le même : il s'agit du nombre géant, 10 à la puissance 38, un 1 suivi de 38 zéros. Ce nombre apparaît dans l'atome d'Hydrogène : c'est le rapport des forces électricité/gravitation : il se trouve qu'il est voisin de l'âge de l'Univers - en admettant le Big Bang -, et en prenant pour unité un temps caractéristique de la microphysique

Simplicius -- Comment est choisi ce temps atomique?

Mordicus -- Il importe peu de le définir avec précision car il s'agit de coïncidences qui portent sur des nombres tellement énormes qu' un facteur 10 ou 100 en plus ou en moins n'enlève rien à la bizarerie de la coïncidence. En l'occurence, Dirac a pris le temps que met la lumière pour traverser un proton, c'est-à-dire parcourir une distance qui s'avère curieusement, autre coïncidence, voisin du rayon classique de l'électron, c'est-à-dire le rayon calculé en supposant que toute sa masse est d'origine électromagnétique

Simplicius -- ce qui ramène à l'estimation du diamètre du proton, mais en cosmologie mesure-t-on une distance où un temps?

Mordicus -- en fait, on mesure des longueurs, suite à un arpentage cosmique utilisant les propriétés des étoiles variables par exemple.

Simplicius -- donc la "constante de Hubble" est en fait le rayon de l'Univers observable, et le nombre de Dirac le rapport de ce rayon à celui du proton. Pourquoi diable introduire les temps?

Mordicus -- c'est que Dirac, n'imaginant pas qu'une théorie puisse expliquer un nombre aussi énorme, a tout bonnement supposé que ce nombre était lié à l'âge de l'Univers : à partir du "rayon de Hubble", il en a déduit le "temps de Dirac", par division par la vitesse de la lumière.

Simplicius -- ces constantes cosmiques ne sont plus des constantes puisque l'âge, par essence, est variable

Mordicus -- bonne remarque : c'est un point de terminologie. Pour Dirac le "rayon de Hubble" est constant dans l'espace, c'est le principe cosmologique : tous les points de l'espace sont équivalents, mais, par contre il varie dans le temps.

Simplicius -- en somme, tous les points de l'espace évoluent comme un seul homme. bizarre

Mordicus --: vous dites?

Simplicius -- ce qui est bizarre c'est que si tous les points de l'Univers sont équivalents, alors il est logique de supposer qu'ils s'accordent entre eux, et avec une énorme vitesse, puisque la vitesse de la lumière est celle d'une tortue à l'échelle de l'Univers

Mordicus -- oui, c'est en particulier le problème de l'homogénéité du rayonnement cosmologique : deux points diamétralement opposés de la sphère céleste n'ont pas pu se connecter par signaux à la vitesse c depuis le Big Bang, et pourtant on constate une remarquable égalité de leur rayonnement. Ca a effectivement été un problème très grave pour le modèle standard, mais maintenant résolu par le mécanisme de l'inflation, où c'est l'espace lui-même qui a été, au tout début, démultiplié à une vitesse supra-luminique par un facteur énorme : un nombre à 60 chiffres.

Simplicius -- En somme on a évacué le problème en dénonçant le Big Bang, là où nos lois connues s'arrêtent, c'est commode.... Mais que dit la Théorie stationnaire sur ce paradoxe de l'homogénéité?

Mordicus -- dans ce modèle, l'Univers est beaucoup plus vieux et l'équilibre thermique a largement eu le temps de s'établir : le rayonnement cosmologique a pu s'homogénéiser

Simplicius -- mais mesure-t-on quelques différences d'une région à l'autre?

Mordicus --oui, vous tapez dans le mille d'une question qui donne des sueurs froides aux cosmologistes: ces résidus d'inhomogénéités sont nécessaires pour expliquer les premières concentrations de masse : il faut qu'elles soient suffisamment marquées pour que les galaxies aient eu le temps de se former, or on les trouve extrêmement faibles.

Simplicius -- mais, dans le modèle stationnaire, l'interprétation de ces inhomogénéites n'est-elle pas toute différente : cela doit signifier que l'univers n'est pas infiniment vieux (sinon l'équilibrage thermique serait parfait), qu'il a eu lui aussi un début : il y a eu une époque transitoire d'établissement du régime stationnaire. L'étude de ces inhomogénéités devrait donner le véritable âge de l'Univers. Elles seraient donc d'une importance encore plus grande que dans le modèle standard... Mais revenons à Dirac, avec sa "constante" variable.

Mordicus -- eh bien la corrélation avec le rapport des forces signifie que elle aussi doit varier dans le temps donc au moins l'une des constantes universelles varie. Il a choisi la constante de gravitation G.

Simplicius -- a-t-on vérifié quelles auraient pu être les conséquences géologiques d'une telle variation de G?

Mordicus -- oui d'importantes études ont été faites, il en ressort que Dirac a eu tort : les constantes universelles, c G et h ont l'air d'être de vraies constantes

Simplicius -- c'est rassurant, mais alors quelle est l'interprétation standard de la coïncidence de Dirac?

Mordicus -- l'interprétation retenue par la majorité des cosmologistes, à la suite de Dicke, est que cette coïncidence s'explique par le principe anthropique : pour comparer ces deux grand nombres, il faut bien que au moins une génération d'étoiles productrice de carbone ait vécu, puis, après explosion, ensemence l'espace. Le calcul montre que, en gros, cela signifie que nous vivons une époque particulière où cette coïncidence est grossièrement réalisée

Simplicius -- et s'il s'avérait que cette coïncidence soit très précise?

Mordicus -- il faudrait abandonner à la fois le Big Bang, les thèses de Dirac et l'interprétation anthropique, mais il n'est pas possible d'obtenir une grande précision, car tandis que les grandeurs de la microphysique sont bien connues, le rayon de Hubble est entaché d'une importante imprécision, de ± 10% environ. (A l'époque de Dirac la situation était pire car les mesures étaient systématiquement fausses, d'un facteur 10 environ)

Simplicius --mais, à cette époque, quelqu'un a-t-il essayé de voir si ce grand nombre de Dirac corrélait en ordre de grandeur avec les constantes universelles

Mordicus -- oui Stewart en 1931 a publié une formule qu'il considérait comme anormalement remarquable

Simplicius --montrez voir

Mordicus -- voila (voir appendice)

Simplicius -- comme c'est curieux: la formule de Stewart, exprimée en unités mécaniques, ne contient pas la vitesse c.

Mordicus -- et alors?

Simplicius -- on sait qu'il y a deux piliers de la physique standard, la quantique et la relativité : pour relier une distance et une masse la première utilise h et c, tandis que l'autre utilise G et c. Or cette formule n'utilise que la troisième combinaison h et G: elle est donc unique et le complément naturel des deux autres piliers : rien que cela devrait jeter un doute terrible sur la variabilité du rayon de Hubble, et donc sur toute la cosmologie standard.

Mordicus -- oui, mais il y a le facteur 137 au cube, cela fait une erreur de 2 millions.

Simplicius --oui, mais la masse de l'électron est, elle aussi, au cube : il y a-t-il une masse qui soit voisine de 137 fois l'électron ?

Mordicus -- ah, attendez, le japonais Nambu, a fait remarquer que les masses des particules sont des approximativement des multiples entiers ,pour les bosons, ou demi-entiers pour les fermions,

Simplicius --tiens donc…Mais pourquoi personne ne parle de cette masse de Nambu ?

Mordicus -- heu, ce serait "pythagoricien" On n'en trouve mention que dans un ouvrage du vulgarisateur australien Paul Davies…
 
 

Retour à la case départ. Question: pourquoi Balmer n'est-il pas cité comme il se devrait dans l'Histoire des Sciences, puisque c'est sa formule qui a lancée la Mécanique Quantique? Réponse : initiative pythagoricienne

Morale: Pythagore, on t'abhorre!

 

 

sur la "non-séparabilité"

 

La grande originalité de la Théorie fondamentale d’Eddington est l’introduction de nombres quantiques géants : en particulier le nombre d’électrons dans l’univers observable. Il écrivit :

« I believe there are 15 747 724 136 275 002 577 605 653 961 181 555 468 044 717 914 527 116 709 366 231 425 076 185 631 031 296 protons in the Universe and the same number of electrons”

Il faut reconnaître que cette affirmation a, au premier abord, quelque chose de choquant… La considération de l'ensemble de ces N électrons peut paraître artificielle. Mais, bien au contraire, elle repose sur une hypothèse majeure de la Physique Quantique : deux électrons sont parfaitement identiques, à tel point qu'ils sont indiscernables. C'est d'ailleurs une question qui vient naturellement à l'esprit quand on nous représente l'atome comme un système solaire en miniature. On s'interroge : les électrons sont-ils différents, comme les planètes du système solaire? Cette question cruciale, nous l'avions posé à un professeur de Physique au Lycée Arago. Le gamin s'imaginait déjà une structure fractale où on retrouverait dans l' infiniment petit le modèle exact de l' infiniment grand. Mais quand ce professeur répondit "ils sont absolument identiques", ce modèle fractal intuitif s'écroula (réfutant par avance la "théorie du tout-fractal" que Nottale allait proposer plus tard). Cette "identité" des électrons plongea notre gamin dans la plus extrême perplexité. De même, par la suite, il devint évident que les termes "infiniment petit", ou "infiniment grand" ne sont pas des considérations physiques sérieuses (voir l'excellente critique du concept d'infini et de l'aberrant "principe anthropique" sur le Web Magnan@graal.univ-montp2.fr)

Car enfin, on n'a jamais vu, dans notre monde macroscopique, deux objets indiscernables : il y a toujours un "quelque chose", ne serait-ce qu'un infime détail, qui permet de les distinguer. A cette question fondamentale, il fallait une réponse simple... le gamin, après une intense et mémorable réflexion de plusieurs minutes, en déduisit "l'électron est unique, son apparente multiplicité est dû à un mouvement très rapide". Plus tard, nous apprîmes que c'est exactement comme ça que fonctionne un écran de télévision ou d'ordinateur : il n'y a qu'un seul spot, mais il se déplace très vite, et grâce à la persistance rétinienne, l'image nous parait "continue". Si vous n'êtes pas convaincu, essayez de faire une photo au millième de seconde de votre TV, vous m'en direz des nouvelles (Forum bientôt sur ce Web).

Le physicien Wyler, un jour téléphone à Feynman, l'auteur de "La nature de la Physique", p.250. "Je sais pourquoi tous les électrons ont la même masse et la même charge : parce que ce sont tous le même électron, qui fait des "boucles temporelles", ce qui permet d'interpréter le positron comme un électron remontant le temps". Mais, comme le fait remarquer Feynman: "il devrait y avoir alors autant de positrons que d'électrons". Cette question de la Physique des particules rejoint un problème non résolu de la Cosmologie : où est passée l'anti-matière? Le lecteur est invité ici à la réflexion... Inutile d'essayer de trouver la réponse dans les ouvrages de Physique. Même nos deux prix Nobel, en pleine force de l'âge, si près de la découvrir, ne l'ont pas trouvée, ni aucun autre physicien d'ailleurs. C'est une question pour un gamin. Réponse en fin de ce chapître...

Ce qui est remarquable dans cette histoire de "l'ensemble des N électrons", c'est que cela est lié à une question fondamentale de la Physique Quantique, appelée "Principe de Pauli", qui dit que, comme toute particule du type "fermion", "deux électrons ne peuvent être dans le même état". Par exemple, dans le modèle simplifié de l'atome, ils occupent tous des orbites différentes, ce qui est vital pour interpréter les propriétés chimiques des corps. Mais ce principe de Pauli ne fait pas mention du domaine d'application : pourquoi se limiter à l'atome? En Physique des solides on constate qu'il s'applique à un cristal tout entier. Si l'on considère notre ensemble des N électrons de l'Univers, il doit s'appliquer aussi. Quand vous posez cette question à votre professeur de Mécanique Quantique en DEA, elle vous regarde bizarrement, tandis que vos condisciples étudiants, pour la plupart, s'en moquent royalement…

…Il en résulte une conséquence inéluctable, mais qu'aucun physicien "officiel" ne se hasarde à proposer : tout se passe comme si les électrons communiquaient entre eux par un signal extrêmement rapide, car il faut bien qu'ils se mettent d'accord pour occuper des états de mouvement tous différents. Or cette vitesse d'interaction est nécessairement beaucoup plus rapide que la vitesse lumière. En effet, celle-ci met plusieurs milliards d'année, soit 1017 seconde pour traverser l' "univers observable", alors qu'un temps caractéristique de la Microphysique se chiffre en infime fraction de seconde, 10-22 s. Le rapport implique donc un nombre d'environ 40 chiffres. Le rapport entre la supercélérité C et la vitesse lumière doit être au minimum, de cet ordre de grandeur. Curieusement, ce rapport est du même ordre de grandeur que le rapport entre force électrique et force gravitationnelle dans l'atome. Dirac, désespérant de trouver une théorie mathématique permettant d'expliquer l'origine d'un nombre pur aussi grand, ni la raison de cette coïncidence, a réglé la question en supposant que ce rapport variait justement en fonction de l'âge de l'Univers, et qu'il avait donc commencé par être petit, comme toute bonne constante mathématique qui se respecte. Mais les variations que sa théorie prévoyait pour la constante de gravitation ne s'accordent pas avec les données géologiques (la Terre aurait dû dans ce cas subir des variations climatiques dramatiques).

Cette non-séparabilité a été l'occasion d'un débalage médiatique récent, à l'occasion de certaines expériences malencontreusement présentées comme devant trancher le faux débat Einstein/Bohr. En effet ces deux "physiciens" (voir" l'affaire Einstein" sur ce Web) campaient chacun sur des positions intenables. Le premier, s'accrochant farouchement à sa "barrière luminique" et excluant ainsi la remarquable non-séparabilité quantique, tandis que le second s'accrocha à la prétention de complétude de la Mécanique Quantique, basée sur un théorème de Von Neumann, dont la fausseté a été démontrée par Bohm et Bell. Evidemment, ces expériences tranchèrent en faveur de la non-séparabilité, ce qui est une confirmation de notre présente approche. Mais l'affaire fut mal présentée ..,  trahissant complètement la pensée de John Bell, le courageux instigateur des variables cachées. "Sciences et vie" titra même sur « la défaite d'Einstein ». Alors que Bohr et son valet Aspect étaient encore plus coupables. Il en résultat que la plupart des gens, y compris chez les physiciens, en ont conclu à "l'inexistence des variables cachées", avec retour donc au faux théorème de Von Neuman. Un retour à l’erreur de base du siècle. Et l'on retrouve, bien sûr, Aspect au comité de lecture de l'Académie des Sciences, en excellente position pour bloquer, en utilisant une « expertise anonyme » frauduleuse telle théorie qui ne participerait pas de la « Pensée Unique »…