10 ANS D’ENSEIGNEMENT EN FORMATION PERMANENTE

LES DEUX CULTURES

Le sac de billes


Révisé le 18 Juin 2001

 

Francis Michel SANCHEZ. Paris, France.
Francis.Sanchez@enseignement.u-psud.fr

 

 

Dans les années 70, les responsables prenaient vaguement conscience de l’importance future des technologies laser. Ainsi, après avoir présenté sa Thèse de Doctorat, F. Sanchez fut pressenti pour assurer des cours sur les lasers en Formation Permanente au CEA. Cela allait déboucher sur une série de quelque 150 stages, variant entre une journée et une semaine entière, à travers toute la France. Presque tous les centres du CEA furent concernés, mais aussi des Sociétés telles que Thomson CSF, IBM etc…

 

Rompant avec la tradition de l’enseignement « ex-cathedra » monocorde, la pédagogie était directement active : c’est-à-dire centrée sur les questions de l’auditoire. Une anecdote situera l’état d’esprit. A Pierrelatte, où une importante réorientation des procédés d’enrichissement isotopique était engagée, on demande à F. Sanchez : faut-il des cours lasers à plusieurs niveaux ? Réponse : un seul niveau favorise le travail de groupe. En fait le pédagogue se concentre sur les participants les moins diplômés, de manière à faire passer le message intuitif d’une essentielle simplicité de la Physique. C’est ainsi, par exemple que l’effet laser est présenté comme l’inverse temporel de la lunette de soleil… Ce qui est surprenant, c’est que nul auteur n’a fait cette remarque fondamentale (mise à part Lehman dans une préface). Autre singularité : la géométrie allongée d’un laser est déclarée déterminante dans son fonctionnement. Ensuite on comprend mieux comment des effets laser infra-rouges naturels peuvent avoir lieu dans l’atmosphère martienne, ce qui évite les interprétations hâtives de « signaux d’extraterrestres » de la NASA…

 

Les Cours sont systématiquement illustrés par des démonstrations. Qu’on imagine la surprise des participants, surtout s’ils se croyaient « spécialistes », qui observent directement que deux faisceaux de lumière peuvent donner l ‘obscurité. Ceci en improvisant un interféromètre de Michelson sur un coin de table. Mais le clou est la réalisation d’hologramme sans aucune table anti-vibration. Une anecdote croustillante : ayant répété cet exploit à l’Université de Paris 7, Sanchez reçoit un coup de fil du responsable du module « tu y vas peut-être un peu fort en sortant, dans la pénombre, un hologramme tout fait de ta poche »… Révélateur !

 

Une remarque d’un participant « diplômé » : « mes idées sur le laser ont complètement changé ». Cela résume tout : un cursus classique, universitaire ou grande école, ne montre que le côté « formel » des phénomènes. L’aspect « humaniste », c’est-à-dire une science simple et belle, est complètement occulté. C’est le problème fondamental de l’Ecole, où on apprend tout, sauf l’essentiel…

 

 

 

LES DEUX CULTURES

 

L’école est à l’origine de la séparation des « deux cultures », si tant est qu’on puisse appeler « culture » la dérive formaliste. Le lien manque cruellement. L’expérience de la Formation Permanente est que ce « lien » est accueilli favorablement par une majorité, donc correspond à un besoin profond. La « fusion » entre ces deux cultures est une nécessité vitale… Faute de quoi les « catastrophes » vont se multiplier. Les politiques en ont vaguement conscience : le verdict des « expert » ne suffit plus à convaincre le public… Certains scientifique (dont Hoyle lui-même) soupçonnent que le virus du Sida est d’origine « laborantine »…

 

Prenons l’exemple des affaires médicales récentes… Grosse inquiétude dans la population… Les experts essaient de calmer le jeu… Mais qui nomme et rétribue les experts ? Malaise, ils ne sont pas vraiment libres de s’exprimer… et le public l’a bien compris…Alors on organise (été 1998) une « conférence de consensus » : on forme pendant deux week-ends des « volontaires » du public, et on les met en présence des experts, pour qu’ils posent les vrais questions à ces « experts ». Parfait, ce système, provenant des pays nordiques, est excellent (encore faudrait-il s’avoir quelle est le cursus de « formateurs »). C’est un grand pas vers la réunion des « deux cultures ». Sauf que, singularité toute française, on soumet  le rapport final à l’approbation  de l’Académie des Sciences ! Or il s’y trouve aussi un ancien collaborateur de l’Institut Pasteur… On est donc en droit de se demander si dans les sciences médicales, beaucoup plus complexes que les « sciences dures », et où les intérêts financiers sont plus immédiats, la déontologie et l’éthique peuvent vraiment s’appliquer, même et surtout au niveau de l’Académie  ?

 

Mais donnons la parole à nos deux journalistes scientifiques, partis interviewer un représentant de la « deuxième culture » : LE SAC DE BILLES