Fevrier 2000
Francis.Sanchez@enseignement.u-psud.fr
Après avoir enseigné pendant 20 ans la "méthode scientifique" à l'Ecole Supérieure d'Optique, j'en suis arrivé aux conclusions suivantes:
-La plupart des livres d'Optique se sont recopiés les uns sur les autres, et sont donc erronés et superficiels
-Les étudiants sont "déformés" par les classes préparatoires
Cette dernière observation m'a incité à enseigner à de plus jeunes étudiants, et j'ai demandé une rotation vers le Deug à Orsay. Le vice-président Fourme a répondu à ma demande, en se déclarant très interessé. Mais cette demande de rotation a été mal accueillie par le directeur de l'Institut d'Optique. C'est seulement après 3 ans d'attente, que j'ai pu obtenir cette rotation. (1988). Ce directeur a cru bon de me lire un rapport du toutou de service sur de soi-disant absences ou retards. Evidemment, je n'ai pu obtenir une copie de ce rapport, car il m'aurait été facile de prouver le contraire… Il semble que cette demande de rotation aurait créé un précédent fâcheux, et qu'il fallait le maquiller en sanction. D'autant plus que j'avais été élu spontanément "lunette d'or" pare les étudiants. Un exemple de l'état d'esprit infantile de ce type de "directeur" (voir "20 ans d'enseignement dans une Grande Ecole")
J'ai pu expérimenter les méthodes de la pédagogie active, notamment en TP (voir "Objectifs des TP", ce site Web). Les conditions dans le Module d'Orientation Deug A, étaient exceptionnellement favorables. Travail dans une seule salle avec 10 groupes de 2 étudiants. A comparer avec 10 groupes de 3 étudiants, sur 10 TP différents, répartis sur 3 niveaux différents de l'Ecole d'Optique!
On trouvera ci-dessous des rapports d'étudiants sur leurs appréciations, qui se passent de commentaires. Par contre l'effet a été quasi nul sur les autres enseignants, pourtant invités à venir assister aux TP, où la porte était volontairement systématiquement ouverte. Lors d'une réunion, j'ai pu constater qu'une majorité d'enseignants, environ 60%, exigeaient une préparation préalable dans le Poly.
En TD, j'ai essayé de montrer que la Physique devait se dégager du formalisme mathématique. En particulier, j'ai proposé un "problème" comportant une grande part de réflexion, la "réfraction Mécanique", dont l'étude devrait faciliter l'appréhension de la Mécanique Quantique. Réaction des collègues: boycott de ce problème, coordonné par la "directrice", celle-là même restée célèbre pour son corrigé de Contrôle truffé d' erreurs de calculs… Par la suite, mes demandes pour obtenir des TD sont restés sans réponses. Un collègue m'a signalé que j'étais "interdit de TD", sans qu'une raison quelconque ne lui ait été signalé, et encore moins à moi-même…
Il faut savoir qu'en 1984-85, une formation sur la pédagogie moderne avait été dispensée, pour les enseignants volontaires, par le belge Ketele. Celui-ci avait même déclaré publiquement en me désignant : vous avez ici un spécialiste. Il semble donc que cette initiative de "formation à la pédagogie active" n'ait pas été prise au sérieux par l'Université d'Orsay. Notamment, les "Objectifs des TP" étaient destinés à lancer un débat sur les TP, un maillon extrêmement sensible dans la scolarité. Aucune réaction…C'est la méthode de l'édredon: quand quelqu'un gêne, on l'ignore… Pourtant un "collègue", fort de son titre de nouveau "professeur responsable du module" s'est amusé à faire irruption dans mes TP, en annonçant: "il y a une lettre dans ta boite". Lettre qui va évidemment au panier d'office, étant donné que cet huluberlu m'avait reproché peu avant de parler de ma recherche aux étudiants intéressés, dans un module d'orientation!
En effet, grâce au blocage de l'enseignement sur un semestre, mes idées sur les bases profondes de la physique avaient rapidement débouchées sur une vision cohérente de l'Univers, avec notamment une série stupéfiante de relations entre paramètres dits "libres", ce qui révolutionnait la Physique. Un article important résumait deux conférences à L'ANPA (Cambridge 94 et 95), suite à une censure de la Fondation de Broglie. Las, les collègues à qui je remettais cet article ne voyaient pas l'intérêt…? Politique de l'édredon, donc au niveau recherche…Pour toute réaction, un dossier anonyme, portant le cachet "Physique Théorique", où un auteur s'amuse à corréler les distances kilométriques entre les villes de Russie. Comme si des théoriciens ne faisaient pas la distinction entre des corrélations au dixième près sur des mesures dimensionnées, et des corrélations en série au millionième sur des mesures adimensionnées. On croit rêver… (voir "censure sur une nouvelle invariance")
Evidemment, ce qui devait arriver arriva. En feuilletant un ouvrage de Paul Davies, l'invariant holique principal s'avère être l'invariant primordial de la Cosmologie Standard, lié à la température du fond de neutrino! , avec une imprécision du millième sur un nombre de 28 chiffres (voir "le Troisième Pilier", ce site Web). En quelques mois le sort de la Cosmologie était réglé…
Sur ma demande d'explication au plus haut niveau, notre "facteur" s'amuse à me déclarer inapte à l'enseignement, même en TP, et la Direction arrange les choses en m'accordant une année sabbatique, avec remise de deux rapports. Ces 2 rapports allaient provoquer la crise la plus grave en Physique Théorique depuis Galilée. Voir "l'Univers conserve-t-il l'information?" et "Microphysique et Cosmologie: l'harmonie Topologique" (ce Web).
La Direction de l'Université, interpellée, engage un dialogue feutré, mais dans l'ensemble c'est la méthode de l'édredon qui est adoptée. Cette méthode est efficace, mais jusqu'à un certain point. Aller à l'encontre des aspirations des étudiants à une nouvelle forme d'enseignement ne pourra que mal finir pour l'institution.
RAPPORTS D' ETUDIANTS (JANVIER 1991)
"C'était avant tout une approche surprenante de
chaque sujet qui pouvait rebuter les formalistes mais il
a été diaboliquement instructif de découvrir
que ces tracés mathématiques et calculatoires de ces
photons schématisés pouvaient en réalité
avoir un sens bien plus physique et plus concret. On a
découvert petit à petit les ondes sous
toutes leurs formes (et même en 3 dimensions, merci pour
l'hologramme). C'était un exploit en 10 leçons
ou comment apprendre en 10 TP ce qu'il n'est parfois
pas possible de faire en un cycle universitaire, parce
que le système d'éducation est peut-être à revoir,
ne serait-ce que localement. Et c'est bien miraculeux
qu'au milieu d'un enseignement si calibré, dans
une pièce qui devrait à présent
servir de chapelle et dont le bureau devrait être un autel, la lumière
infuse et la voix prophétique de F. de Sache ait
pu nous toucher. Plaisanteries mises à part, ces 10
séances de TP ont réussi, à juste
titre, à rendre à la Physique sa part des choses, le concret,
la réalité,
et à enseigner l'intelligence plutôt que
les calculs. Il fallait bien être reconnaissant".
Voici un autre exemple, axé sur la pédagogie:
UNE OMBRE DANS LA SALLE
"Francis,
Ce que je regrette c'est que durant ces "deux" années passées à la fac, j'ai eu certains profs qui n'étaient vraiment pas pédagogues. Je réalisais bien qu'ils avaient plein de connaissances, ils avaient le message, mais ils n'arrivaient pas à le communiquer. Les profs qui arrivent à stimuler les élèves, je pense que c'est très important, surtout pour le Deug où certains étudiants ne savent pas exactement ce qu'ils veulent faire. J'ai vraiment apprécié les profs qui te donnent envie de connaître leur matière, leur monde, qui ne se limitent pas à te balancer le programme, qui discutent avec les étudiants, qui parlent de leur matière (non seulement du programme) et qui te font vibrer, qui te donne envie d'en savoir plus, d'arriver à faire plus que ce qui a été fait jusqu'à présent. Ce n'est pas parce que cette lettre est adressée à toi qu'il est nécessaire de parler des T.P. mais le fait d'avoir fait l'année dernière un M04 et cette année un M01 m'a permis de comparer le système d'une journée et d'une demi-journée de T.P. Une demi-journée ça passe vraiment mieux. L'année dernière tout le monde sortait de la salle avec un mal de tête pas possible, sans parler du fait qu'on suivait le poly à fond et que les uns recopiaient sur les autres pour pouvoir finir le compte-rendu à temps, sans rien comprendre, sans vraiment manipuler. Cette année on n'a pas suivi le poly à ce point. Le fait même de ne pas avoir à préparer le T.P.à l'avance, on venait sans stress, avec l'esprit clair et prêt à t'écouter, apprendre et manipuler. Pour aboutir à un compte-rendu clair, concis avec l'essentiel du T.P. Je voudrais terminer cette lettre en disant qu'il est très important de pouvoir parler avec le prof, devenir même copain! Il est très important de ne pas avoir une relation neutre avec le prof, il ne faut pas que chacun reste dans son petit monde. Quand on a un lien avec le prof on a envie de lui faire plaisir, travailler pour soi-même mais aussi pour lui, lui montrer que ses efforts ne sont pas vains. C'est indispensable d'avoir un professeur pédagogue, et non pas un jeune étudiant, qui bien entendu connaît le programme, mais qui n'est là que pour des raisons d'argent, et qui ne devient finalement qu'une ombre dans la salle."
Commentaire : une leçon de pédagogie que
les "collègues" d'Orsay devraient méditer. Sauf un point
toutefois: il n'est pas du tout exact qu'une journée de TP soit
nécessairement insupportable. Ce n'est vrai qu'avec la pédagogie
stressante classique. Bien au contraire, avec la pédagogie active,
une journée passe encore mieux qu'une demi-journée, car il
y a encore moins de stress au niveau du temps! La preuve: en passant ensuite
au M02, plus orienté vers la Physique (pour se dégager de
l'esprit formaliste manifesté par les collègues du M01 en
boycottant mon "problème sans calcul"), j'ai demandé à
ne faire que des T.P par journées entières, avec des résultats
mémorables, jusqu'au jour où …un facteur dans la salle.
UN SEMESTRE DE TRAVAUX PRATIQUES
Bilan
Le module d'orientation nous a permis de travailler en travaux pratiques sur des sujets diversifiés, allant de l'électricité à la spectroscopie, en passant par l'optique. Durant toutes ces séances, l'acccnt a été mis sur une explication théorique détaillée du phénomène physique étudié, et l'autonomie des élèves sur la mise en pratique des montages à réaliser. Un des points essentiels de ce séances a été la connaissance et l'application des règle de sécurité, que ce soit directement (comme manipuler un montage électrique ou un laser) ou indirectement (manipuler dans de bonnes conditions d'éclairage, par exemple).
Critiques
a. La Théorie. Le polycopié accompagnant
chaque manipulation présente un certain danger: la présentation
théorique complexe des phénomènes physiques étudiés
risque de troubler l'élève dans la compréhension de
ces phénomènes ainsi que dans la réalisation des montages.
Pour éviter cela, il vaut mieux étudier la théorie
en même temps que la pratiqie. Cet état d'esprit peut se résumer
en une phrase :
"Qui ferme son poly ouvre son esprit" (F.
de Sach)
b. La Pratique. Les travaux sur l'optique (lentiles, laser et spectroscopie) ont eu un plus grand intérêt pédagogique que ceux concernant l'électricité. En effet, l'aspect visible des phénomènes optiques rend la manipulation plus attrayante, et de ce fait, plus intéressante.
Conclusion
Il est évident que c'est par les travaux pratiques que l'on peut donner envie à un élève de se diriger vers la recherche en physique, ou au contraire l'en dégouter à jamais. Une approche trop stricte peut s'avérer rébarbative, alors qu'une même manipulation peut se faire dans de meilleure conditions pour l'élève, sans pour autant perdre de son efficacité.
Nicolas Chauvet